Société

Consommer autrement avec l’économie collaborative

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Ressourceries, Systèmes d’échange local (SEL), plateformes collaboratives… Partout émergent ces initiatives innovantes qui permettent à la fois de partager, échanger et consommer autrement. Voyage au cœur d’un nouveau modèle économique.

L’économie collaborative a le vent en poupe, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’Internet lui a donné une ampleur sans précédent en permettant de rentrer beaucoup facilement en contact avec n’importe qui. Mais aussi parce que la société évolue et que les consommateurs souhaitent devenir davantage des « consomm’acteurs » en limitant le nombre d’intermédiaires entre le producteur et eux-mêmes mais aussi en échangeant et en recyclant. Mais qu’est-ce-que l’économie collaborative ? « C’est une nouvelle façon de commercer, explique Emilie Morcillo, consultante en économie collaborative. Un échange de biens et de services entre pairs. Une réponse à la crise de confiance face aux acteurs classiques du commerce. La démarche permet aussi d’optimiser des ressources qui étaient auparavant réservées à un usage privé : son logement, un outil… On troque, on échange et il en émerge une nouvelle forme de consommation : la consommation collaborative ! »

Des intermédiaires de « nouvelle génération »

Mais qui dit nouvelle forme de commerce, dit émergence de nouveaux intermédiaires : les gestionnaires de plateforme ou de structures locales. « Il existe une multiplicité de ces nouveaux acteurs, dont les statuts sont très différents, poursuit Emilie Morcillo. Au niveau local, ce sont souvent des petites associations de proximité qui remplissent une mission d’intérêt public : récupération d’objet, recyclage, ateliers de réparation, cantine solidaire… Sur Internet, il y a des structures privées, souvent des start-ups, qui ont identifié un besoin émergent et proposent un service pour y répondre. BlaBlaCar, pour le covoiturage, Trocmaison, pour l’échange de logements entre particuliers, et La ruche qui dit oui, qui met en relation des consommateurs avec des producteurs locaux, constituent trois des exemples les plus couramment cités. En parallèle, l’activité d’associations locales ne reposant pas sur une plateforme collaborative bénéficient elle aussi indirectement d’Internet, qui va faciliter l’usage, la transmission de l’information et capter un public qui n’était pas impliqué au départ.

Des domaines d’activités multiples

Du partage des savoirs avec Wikipedia au partage de canapé avec le couchsurfing[1], la démarche « collaborative » touche un grand pan de notre société. « Nous constatons une remise en cause des structures traditionnelles descendantes, ajoute Emilie Morcillo. Le collaboratif infuse tous les secteurs de notre société. C’est un « ras le bol » du « made in China », de l’obsolescence programmée, de la mode du « tout jetable ». Une aspiration à davantage de transparence, d’authenticité… »

Comment y prendre part ?

S’engager dans la démarche peut répondre à un premier intérêt, celui de compléter son revenu. Lorsque l’on a un logement devenu trop grand, on peut le partager : en louant une partie de son garage comme local de stockage – avec l’aide du site jestocke.com - ou en hébergeant un étudiant. « Cette formule permet d’être moins isolé et l’étudiant peut, en contrepartie, faire les courses ou rendre d’autres services. ». On peut aussi voyager à moindre frais en échangeant sa maison, en ayant l’assurance que son logement sera respecté.

Le sentiment d’utilité est aussi très gratifiant. « La transmission du savoir, via une ressourcerie locale ou une plateforme est une piste très intéressante. Car les compétences à partager sont illimitées : bricolage, jardinage, cuisine, guitare… La plateforme Kokoroe est justement dédiée à la mise en relation avec des passionnés désireux de transmettre leurs connaissances.

Et pour ceux qui ont un peu plus de moyens, pourquoi pas défendre un projet qui leur tient à cœur, via le financement participatif[2] ? « Cela peut concerner un projet agricole local, avec une plateforme comme Miimosa, ou un commerce de proximité avec Bulbintown.

Comment se repérer ?

S’il est relativement aisé de prendre contact avec une structure locale, il convient tout de même rester vigilant quant aux informations glanées sur Internet. « L’économie collaborative est un mouvement en plein développement. Aussi, il n’existe pas d’annuaire qui recense les plateformes « sérieuses ». Pour obtenir des renseignements fiables, on peut par exemple consulter le blog du salon Share Paris[3]. L’autre possibilité, c’est de vérifier soi-même, par exemple en lisant les blogs proposés par les plateformes dédiées au secteur. Une information à jour est un bon indice de qualité. Les forums sont en revanche à lire avec la plus grande prudence. En effet, il n’est pas rare que les commentaires positifs soient écrits par des personnes rémunérées pour le faire ou au contraire, s’ils sont négatifs, par des personnes qui cherchent à nuire… »



[1] Lancé en 2004, le site couchsurfing.org permet d’être hébergé gratuitement chez des particuliers du monde entier.

[2] Le financement participatif, ou crowdfundig, permet de collecter des fonds auprès d’un grand nombre de donateurs afin de financer un projet. 

[3] Le salon Share Paris est le premier salon de l’économie collaborative et du partage en France

 

Naissance d’une Ressourcerie

« L’idée a mis du temps à germer dans mon esprit. Tout s’est accéléré en 2016 à la suite d’une formation MOOC[1] proposée par le mouvement Colibris[2]. J’ai pu réunir une vingtaine de personnes qui suivaient la même formation que moi et nous avons dans la foulée jeté les bases d’une association et répondu à un appel à projet régional sur l’économie circulaire. Nous avons ainsi obtenu le financement pour un an d’étude-action afin de mener diagnostic, étude de faisabilité et expérimentation. Notre projet s’est concrétisé en disposant d’un lieu indépendant qui héberge une ressourcerie mais aussi des espaces de co-working, d’exposition, de conférences. Le diagnostic a permis de confirmer qu’il y avait une demande locale et que nos déchèteries « regorgeaient » de déchets réemployables… L’étude de faisabilité est en cours et l’expérimentation a commencé en début d’année. Les trois premières ventes ont été un succès et ont boosté la collecte d’objets. Aussi, nous allons doubler la fréquence des ventes. En parallèle, nous avons répondu à un second appel à projet pour développer d’ici deux ans des ateliers de réparation. Enfin, nous avons obtenu un accord de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence et de la consommation (Direccte) pour ouvrir d’ici la fin de l’année un Atelier Chantier d’Insertion. Le projet est sur les rails et nous avons déjà la satisfaction de pouvoir nous appuyer sur une équipe de 33 bénévoles réguliers. »

Marie-Tiffany Delgado, chargée d’étude-action pour Les Ateliers LigétéRiens (45 – Tavers) mail : lesateliersligeteriens@gmail.com

 



[1] MOOC : Massive Open Online Course, ou en français, Formation en Ligne Ouverte à Tous (FLOT)

[2] Le mouvement Colibris à pour objectif « d’inspirer, relier et soutenir tous ceux qui participent à construire un nouveau projet de société » et promeut des projets en accord avec ces valeurs.

 

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Pour aller plus loin :

www.shareparis.com/blog/

www.colibris-lemouvement.org

http://www.ressourcerie.fr/ : le réseau des ressourceries