Environnement

Écologie : cultivons la solidarité

Deux mains se tiennent, une main d'enfant et une main d'adulte dans laquelle est posée une plante symbolisant l'écologie
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À l’approche de la COP21 à Paris, des seniors rivalisent d’imagination pour mobiliser la société civile, mais aussi créer de nouvelles formes d’entraide et de collaboration. Portraits de ces terriens aux cheveux gris qui changent le visage de l’écologie.

Scientifiques et littéraires, militants d’un jour et de toujours, jeunes et moins jeunes… Le combat pour protéger l’homme et la nature n’a jamais autant fédéré à la veille de la COP21, la grande conférence sur le climat organisée à Paris en décembre 2015. Ce sommet doit réunir les délégués de 195 pays pour trouver un accord mondial sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Conscients de l’urgence, de nombreux citoyens ont décidé d’agir, parfois loin des sentiers battus, pour transmettre un monde meilleur.

Apporter sa pierre à l’édifice

Pour Cécile, 66 ans, le déclic a eu lieu l’été dernier. En vacances à Plouharnel (Morbihan), elle aperçoit une pancarte « Nettoyage de la plage de Mané Guen. Les sacs poubelles seront fournis, apportez vos gants ! », elle se lance et découvre toute une face cachée de la biodiversité qui l’entoure. « Grâce aux bénévoles, j’ai appris à reconnaître le gravelot à collier interrompu, une espèce menacée de nos côtes, mais aussi l’importance de la laisse de mer, ce cordon d’algues qui se dépose sur le sable à marée haute et qui fertilise les sols ». Non contente de cette expérience, Cécile continue de « s’aérer utile » en se rendant régulièrement sur le site J’agis pour la nature, initié par la Fondation Nicolas Hulot, pour trouver de nouvelles actions de bénévolat.
 
Au retour de l’une de ses dernières sorties d’alpinisme, Alain s’est montré encore plus préoccupé par l’état des glaciers alpins. « Des sols qui ne dégelaient jamais – les permafrosts – fondent désormais l’été, provoquant des éboulis. Faune et flore remontent pour rechercher le froid. En vingt ans de pratique, je constate de réels changements ». Il y a quelques mois, ce cadre proche de la retraite rejoint le programme scientifique Phénoclim, lancé par le Centre de recherche sur les écosystèmes d’altitude (Crea).
 
Ce programme invite le public à mesurer l’impact du changement climatique sur la flore des massifs montagneux (France, Italie, Suisse). « Plusieurs fois par an, je recueille des données précieuses pour les chercheurs en observant tout simplement la nature en mouvement. Il ne fait plus aucun doute, chiffres à l’appui, que les saisons connaissent un dérèglement sous l’effet du réchauffement global », explique Alain.
 

Maraîchage biologique

Si observer la nature est une façon d’apporter sa contribution, elle n’est pas la seule. Faire passer des petits gestes de la vie quotidienne utiles au climat comme ne pas utiliser de sacs plastiques pour faire ses courses, choisir des ampoules basse consommation ou implanter une ressourcerie pour collecter des objets réutilisables dans son quartier sont d’autres moyens de participer à la mobilisation pour la planète.
 
 
Catherine milite au sein d’une Amap à Chartres (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) qui, pour favoriser des activités agricoles bio dans une région délaissée par le maraîchage, crée un lien direct entre paysans et consommateurs. Les clients s’engagent à acheter la production des premiers à un prix équitable, et en payant à l’avance. « Grâce à ce contrat, ils apprennent à privilégier les légumes de saison, les circuits courts, à redécouvrir des légumes oubliés, à se demander si, en grande surface, la tomate élevée sous serre à Malaga en décembre mérite le détour. Bref, ils consomment responsable, cela afin d’aider au développement d’une agriculture plus respectueuse », souligne l’ancienne institutrice.
 

Convivialité

Jardins partagés au pied des immeubles, serres sur les toits, achats groupés… Toutes ces actions participent à cette dynamique : privilégier le bio, les producteurs locaux, les produits de saison, dans l’objectif de se faire du bien et de protéger l’environnement. À Paris, près de l’ancienne petite ceinture ferroviaire, s’épanouissent les Jardins partagés du Ruisseau. Cultivés par les habitants groupés en association et les écoles du quartier, cet espace permet une mixité sociale et générationnelle et recréent une vraie vie de quartier.
 
Cette convivialité s’accompagne aussi de nouvelles pratiques solidaires, comme le troc de graines ou le mouvement des Incroyables Comestibles. Né en Angleterre et déjà relativement répandu en France, cette pratique promeut l’implantation de potagers « gratuits » dans les plates-bandes de la ville : jardine qui veut, se sert qui veut, selon ses besoins !
 
Cette nouvelle convivialité renforce le plaisir de se nourrir sainement, en produisant soi-même légumes, œufs ou miel de qualité. « Autrefois, poules et potagers avaient leur place en ville, note Catherine qui a mis en pratique ses convictions écologistes dans son jardin en basse ville de Chartres. Chez nous, pas de pesticide ; uniquement des engrais naturels. Je fabrique mon compost en récupérant les déchets organiques de la cuisine et d’autres végétaux. Et je récupère l’eau de pluie pour les plantes. Nos trois poules réjouissent nos petits-enfants qui apprennent ainsi le lien à la terre. Elles pondent une vingtaine d’œufs par semaine que nous partageons avec les voisins ». Bref, l’écologie renoue avec une certaine authenticité.
 
Côté mobilité, on ne se contente plus de partager sa voiture avec sa famille ou d’en louer une le temps d’un trajet. Désormais, on pratique la location de voiture entre particuliers et le célèbre covoiturage qui permet de limiter les nuisances et la circulation, mais aussi de diviser les frais.
 
D'après une étude publiée en octobre 2014 par 60 millions de consommateurs, 42 % des Français auraient déjà expérimenté cette solution. C'est le cas de Bernard, ancien ingénieur. « J'ai l'habitude de rendre visite à mes proches dans le Sud-Ouest au moins deux fois par an. Chaque fois que c'est possible, je complète les places vides dans ma voiture. C’est économique, écologique et terriblement convivial. Essayer de ne pas parler à un inconnu dans votre voiture durant un trajet de cinq heures… c’est impossible ! », sourit ce Dijonnais inscrit sur un site de covoiturage depuis deux ans.
 

Accompagner

« Au cœur du développement durable, on retrouve cette quête de liens sociaux, ce besoin d’aider la société, et donc de partager, confirme Estelle Le Touzé, cofondatrice de l’association Grands-parents pour le climat en France. Et quand on crée du lien, on vit mieux, on se sent moins seul ».
 
Autre tendance écologique : le « réparer pour ne pas jeter ». C’est l’objectif des ateliers pour apprendre à réparer (petit électroménager, jouets, vélo…) ou à coudre, qui fleurissent dans les quartiers. Le principe est simple : des bénévoles, souvent des retraités, réparent et apprennent aux adhérents à réparer leurs objets cassés. Le tout dans un esprit de solidarité. Michel, 72 ans, est membre du réseau l’Heureux Cyclage, le réseau français des ateliers vélo : « Nous participons directement à la réduction des déchets en récupérant des vélos abandonnés ou donnés par des particuliers. Nous échangeons notre savoir-faire pour apprendre à faire soi-même. Chacun est ensuite invité à apprendre à d’autres comment entretenir ou réparer son vélo ». Un véritable modèle vertueux qui essaime l’éco-mobilité à travers la France.
 

Comment transmettre ?

Inscrire l’écologie dans une démarche globale d’éducation, voilà une autre façon pour les seniors de s’engager auprès de leurs petits-enfants et des générations futures. « Il n’est évidemment pas question d’apprendre à un tout-petit à réduire son empreinte écologique ou de lui tenir des grands discours angoissants sur l’état de la planète ! Mais simplement de lui offrir la possibilité d’explorer son écosystème, explique Claire Escriva, fondatrice de l’association Écolo Crèche et écotoxicologue.
 
Petits, les grands-parents ont souvent vécu cette connexion à la nature, il faut absolument qu’ils la transmettent. Se balader, observer, utiliser tous ses sens – quitte à se salir les mains ! –, marcher pieds nus, sentir le sable, les feuilles qui chatouillent, fermer les yeux pour écouter le chant des oiseaux… Tout cela participe à l’émerveillement des enfants. En grandissant, ceux-ci auront à cœur de conserver ce plaisir tout en œuvrant naturellement pour la protection de la planète ». Des initiatives qui nous donnent des raisons d’espérer.
 
 
 

Troc, don : des solutions pour ne pas gaspiller

Vous souhaitez vous séparer des jouets, vêtements et autres livres dont vous n’avez plus l’utilité. Plutôt que de les jeter, pourquoi ne pas les donner à l’approche des fêtes à ceux qui en ont besoin ? Un geste solidaire qui réduit aussi les déchets.
 
Pensez aux associations près de chez vous et au centre communal d’action sociale, qui en ont peut-être besoin. Vous pouvez aussi les déposer dans un centre Emmaüs. Les objets sont triés puis, selon leur état, démantelés et envoyés dans les filières de recyclage, donnés ou vendus à bas prix. Autre possibilité : apporter vos objets dans une ressourcerie (encore appelée « recyclerie »).
 
Il en existe près d’une centaine en France. Certaines peuvent se déplacer, en cas de gros volume à débarrasser. Comme Emmaüs, ces structures sans but lucratif revendent une partie de leur collecte (un tiers environ) directement dans leurs boutiques. De son côté, le Relais, réseau d’entreprises solidaires, récolte des vêtements et des chaussures pour être recyclées : ceux qui ne sont pas revendus dans les friperies solidaires sont transformées en isolant écologique pour le bâtiment.
Autre idée : proposer à l’école, au centre de loisirs ou à la crèche de votre quartier des jouets et jeux de société de vos petits-enfants devenus grands. Sur Internet, vous pouvez aussi faire des dons sur www.donnons.org ou du troc sur des sites gratuits comme www.troczone.com (pour échanger CD, livres, DVD) ou www.troceo.com (pour tous les objets).
 
 
« Comprendre l’urgence climatique, c’est déjà agir »
Estelle Le Touzé, cofondatrice en juin dernier avec Philippe Girardin, de l’association Grands-parents pour le climat en France. 
 
Pourquoi avoir décidé de créer une association de défense du climat pour les grands-parents ?
C'est de notre responsabilité, comme l'a été celle de grands-parents d'autres pays occidentaux, de nous organiser pour apporter notre part de compétences et d'engagement au service des petits-enfants, les nôtres mais aussi tous les petits-enfants du monde. Nous voulons faire passer un message raisonné et raisonnable de l’écologie et amener chacun à comprendre son rôle pour préserver la nature et l’homme.
 

Pour vous, les seniors sont-ils conscients des enjeux ?

Le changement climatique, c’est un peu comme l’économie. Devant les chiffres, les alertes, les déclarations non suivies d’effets, beaucoup baissent les bras. Notre souci, c’est de reprendre confiance et de faire bouger notre génération qui se sent impliquée auprès des plus jeunes. Dans l’ensemble, je suis surprise de constater l’ampleur de cette mobilisation. Nombreux sont ceux qui ont envie d’agir, de faire quelque chose…

 
Vous prônez une mobilisation citoyenne. Comment peut-on agir ?
Il y a des solutions pertinentes qu’il faut développer. Par exemple, on invite notre génération à placer son argent (épargne, placements) dans des organismes financiers au service de la transition énergétique, comme Energie Partagée qui intervient dans le choix et la gestion des modes de production et de consommation de l’énergie en faisant émerger dans les territoires des projets maîtrisés par les citoyens. Autre exemple avec Terre de liens qui tend à développer une agriculture paysanne plus respectueuse.
L’enjeu est aussi d’agir localement pour faire passer des petits gestes de la vie quotidienne utiles au climat. Mais aussi d’interpeller les décideurs politiques et économiques sur l’urgence de la situation. Pourquoi par exemple les plastiques en France ne sont pas tous recyclables alors que c’est le cas en Allemagne ?
Nous sommes 12 millions de personnes de plus de cinquante ans en France. À condition d’être dans un propos constructif, serein mais tenace, nous pouvons infléchir un certain nombre de décisions.

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