Société

Retraite : le grand déménagement

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Il n’y a pas d’âge pour démarrer une nouvelle vie ! De nombreux retraités ont sauté le pas et ont quitté leur maison. Un choix de cœur, une envie d’ailleurs ou tout simplement de vivre plus confortablement ou au soleil. Les possibilités sont immenses et les bienfaits aussi. Alors, prêts à faire vos cartons ?

21 % des seniors anticipent un déménagement dans les 10 ans.
Baromètre Cogedim Club, Ifop, 2017.
 
Moins sédentaires que les clichés le laissent entendre, les seniors sont entreprenants et dynamiques. Et si trois quart d’entre eux se projettent dans le même lieu de vie dans 10 ans, 1 sur 5 se voit déménager dans un nouveau nid douillet.
Mais où élire domicile quand ni les enfants ni la vie professionnelle n’imposent leurs contraintes ? Céder à l’appel du Sud pour son soleil légendaire, retrouver sa ville natale, se rapprocher des enfants ou s’installer dans la résidence secondaire ? Autant d’aspirations légitimes, auxquelles il faut confronter des réalités, telles que la santé ou la baisse des revenus. Tous les foyers n’ont pas la même marge de manœuvre et anticiper les problèmes est toujours souhaitable… et peut même être élan de vie !
 

 Trouver le bon coin

 
Comment les seniors choisissent-ils leur nouvelle résidence principale ? D’après le Baromètre annuel réalisé par l’Ifop pour l’acteur immobilier Cogedim Club, ils seraient 35 % à privilégier le climat et l’environnement, mais aussi la proximité des commerces, des transports et des services (29 %), tandis que seulement 26 % choisiraient de se rapprocher de leur famille et de leurs amis. « Les gens qui partent à la retraite perdent la moitié de leurs relations sociales. S’ils déménagent, ils s’éloignent aussi de leurs voisins, de leurs amis… C’est un risque d’isolement. Mais c’est aussi l’occasion de se faire plaisir tout en abordant les autres d’une nouvelle manière. À l’heure des familles dispersées et géographiquement éloignées, c’est plutôt auprès de ceux dont on partage les mêmes convictions que l’on cherche aujourd’hui à créer des liens », souligne Serge Guérin, sociologue et spécialiste des questions liées à la place des seniors dans la société.
Profiter d’un coût de vie plus avantageux tout en continuant d’accéder aux petits commerces à pied ou en transports en commun, les seniors privilégient de plus en plus les petites villes de 20 000 habitants, et évitent, au-delà de 70 ans, les communes rurales trop isolées. Marie et Philippe, 66 ans chacun, ont pris la décision de quitter Paris pour Voiron, commune de l’Isère de 20 000 habitants. « Cela nous titillait depuis longtemps. Après 30 ans de vie parisienne, nous avions envie de changement. Voiron répondait à nos critères : proche des infrastructures de transports, ensoleillée et accessible en terme de prix. Notre maison de 120 m2 nous permet d’accueillir la famille très régulièrement. On vit près du centre-ville avec tout à proximité : le lac de Paladru, la montagne, le marché à deux pas… Et au final, on voit davantage nos proches que lorsque nous vivions à Paris ».
 

 Fini la grisaille

 
Au niveau national, les endroits qui attirent restent majoritairement les façades maritimes, notamment la Bretagne, ainsi que le sud de la France pour l’ensoleillement et la douceur de vie. Pour les habitants du bassin parisien, les villes de Normandie et des bords de Loire sont très prisées. De la côte Bretonne à la côte Basque, des villes comme Brest, Nantes, La Rochelle, Bordeaux ou encore Bayonne ont également recensé un fort accroissement de l’implantation de retraités. Une situation qui s’explique sans nul doute par le climat agréable, mais aussi par le prix des logements plus abordables – en comparaison avec les villes du Sud-Est.
Autre constat : les seniors ne voient pas forcément les choses en grand. Beaucoup optent pour un logement plus adapté à leur mode de vie, entre simplicité et tranquillité : les enfants sont partis et l’on ne veut pas devenir l’esclave de l’entretien d’une maison trop grande ou d’un jardin disproportionné. Maryse, 71 ans, a quitté sa maison dans les Yvelines pour venir s’installer dans un appartement plus pratique à Saint-Jean-de-Monts, en Vendée. Une décision qu’elle ne regrette pas : « Je voulais trouver une jolie région, ni trop froide, ni trop chaude, avec des activités culturelles, des médecins et des commerces de proximité. C’est vrai, je n’ai plus mon grand jardin, mais je profite plus souvent de mes petits-enfants durant les vacances. On s’amuse sur la plage, on se balade dans les forêts de pins. C’est un nouvel espace de liberté ».
 

 Les secousses positives du déménagement

 
Prendre un nouveau départ suppose de se poser les vraies questions sur ses motivations, voire de faire un test grandeur nature si cela est possible. Pour chaque déménagement, il peut être utile de s’installer en location quelques mois dans la ville choisie pour tester sa nouvelle vie sociale avant de se décider. Les psychologues parlent de notion de conquête : on s’approprie un territoire inconnu, on en intègre les codes, les usages, et on peut même dans une certaine mesure le modifier, en décidant de s’impliquer dans la vie de son nouveau quartier ou en créant des liens avec ses habitants. D’ailleurs, cet élan cultive l’optimisme et donne des forces.  Car comme le décrit Alberto Eiguer, psychiatre français : « Les animaux muent, les hommes déménagent ».
Pour Pierre-Marie et Christine, 80 ans et 77 ans, changer d’adresse d’Annecy à Tours pour rejoindre leur fils muté s’est fait naturellement, même si apprivoiser leur nouveau logement n’a pas été si simple. « Ce n’est pas impunément qu’on dort pendant quinze années de suite dans le même lit, qu’on aperçoit le même paysage depuis la fenêtre, et qu’on sait trouver, les yeux fermés, la place de l’interrupteur, confie Pierre-Marie. Il est si rassurant, quand on prend de l’âge, de revivre chaque jour les mêmes gestes, les mêmes rythmes, dans les mêmes lieux. Heureusement que les imprévus de la vie secouent nos certitudes, et nous avec ! ».
Changer de cadre, trier ses souvenirs, jeter ses vieux vêtements, se débarrasser d’objets inutiles… une expérience intense. Mais aussi une bonne raison de s’alléger et de se recentrer sur soi, sur ses proches, sur le présent, sur la vie. Le stress de l’inconnu digéré, tout déménagement permet de remettre en cause ses acquis. De renforcer une identité située au-delà des murs et des meubles. « On est chez nous, là où notre famille est réunie. Et on est un peu partout chez nous puisqu’on a gardé des amis dans toute la France », sourit Pierre-Marie.
 
 
 
Témoignage
« L’élan qui nous pousse à aller de l’avant »
 
À 70 ans, Elisabeth et Denys ont signé le compromis de vente de leur maison à Chartres où ils résidaient depuis 40 ans. Entre souvenirs et optimisme, ils nous livrent leur expérience et montrent à quel point déménager s’inscrit comme une rupture, une étape dans la vie.Notre déménagement tient avant tout de la volonté de changer de cadre de vie. La Drôme nous attire : plus vallonnée que la Beauce, plus au Sud, plus proche aussi de nos enfants. Ce projet nous pousse à aller de l’avant. Dans un premier temps, nous allons louer sur place pour explorer les lieux qui jalonneront notre quotidien.Nous quittons un réseau d’amis important, mais nous savons que nous reviendrons régulièrement les visiter. Comment retisser le lien social ? Nous pensons répondre progressivement à ce besoin en fréquentant de nouveaux voisins, des commerçants, en s’inscrivant dans des associations locales (club de lecture, chorale, écologie, cinéclub…). En attendant, nous commençons le tri de nos affaires, nous prévoyons un dimanche « vide-maison » et de rendre à nos enfants leurs souvenirs laissés (trop longtemps !) chez nous. Le but : se délester sans faire table rase du passé et tenter de ne conserver que l’essentiel. Nous garderons de cette maison de Chartres un souvenir merveilleux, la joie d’y avoir vu grandir nos cinq enfants, mais aussi la somme des travaux réalisés par nous-mêmes et avec nos amis lors de trois chantiers successifs. La vente n’a pas été facile. Il faut s’y préparer car certains visiteurs se permettent de critiquer à voix haute. Mais il faut prendre les choses avec humour. Nous n’avons tout simplement pas les mêmes goûts ! Nos acquéreurs ont eu le coup de cœur pour notre maison. C’est aussi important pour nous qu’ils n’envisagent pas de travaux au bulldozer, affectivement, ça compte beaucoup.
 
 
 
La tête dans les cartons
 
80 % des Français, en particulier la tranche des 50-64 ans, considèrent un déménagement comme un événement stressant, d’après un récent sondage OpinionWay pour l’Officiel du déménagement. 
Quelles règles pour bien s’organiser ?
  • Tout d’abord, la saison des déménagements se situe de mai à septembre, une période où les prix des prestataires sont plus élevés. Certes, il n’est pas toujours aisé de choisir la date de son déménagement. Toutefois, si cela est possible pour vous, privilégiez l’automne ou l’hiver. Prenez également le temps de faire plusieurs demandes de devis. Vous serez surpris par l’écart des prix.
  • L’essentiel dans un déménagement, c’est d’être bien entouré. Si vous ne faites pas appel à des déménageurs, anticipez pour bloquer une date et être certain d’avoir de la famille et des amis pour vous aider.
  • Au lieu d’acheter des cartons, demandez à vos proches ou renseignez-vous également auprès des commerçants près de chez vous afin de savoir s’ils n’ont pas des cartons à vous fournir.
  • Pour une organisation optimale, notez sur les cartons leur contenu, mais songez également à aiguiller les personnes qui sont venues vous aider. Ainsi, le plus important est de noter la pièce de destination de chaque carton, cela vous permettra de gagner un temps précieux.
  • Après une journée au milieu des cartons, détendez-vous en partageant un repas ou un apéro… un moment festif qui marque le nouveau lieu d’une empreinte positive et conviviale et vous feront sentir chez vous.
 
 

 Pour en savoir plus

Plusieurs sites vous aident à mieux gérer votre déménagement : 
celui d’action logement, www.actionlogement.fr, vous rappelle toutes les démarches à effectuer. www.service-public.fr permet de déclarer son changement d’adresse d’un clic à plusieurs organismes (CPAM, impôts, EDF…). 
Les sites www.avf.asso.fr ou www.demenagerseul.com peuvent aussi vous accompagner.
 
À savoir : le Fonds social de l’Ircantec vous permet de bénéficier d’aides financières pour faciliter votre mobilité. Vérifiez auprès de votre caisse de retraite l’admissibilité à ce type d’aides.
 

 

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