Solidarité

Bénévolat : et si on s’engageait ?

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A la retraite, chacun peut exercer son sens du partage et œuvrer pour le bien de tous. Y compris par de petits gestes. Mais à qui s’adresser ? Comment s’impliquer si l’on dispose de peu de temps ? Quelles sont les nouvelles pratiques au sein des associations ? Revue des actions que l’on peut réaliser pour les autres… mais sans doute aussi un peu pour soi.

Le bénévolat ne faiblit pas en France, bien au contraire, mais il évolue. Près de 13 millions de bénévoles agissent au sein d’associations (contre 11 millions en 2010)*. Mais cette bonne santé apparente cache une autre réalité. Parmi eux, ceux qui ont plus de 65 ans sont de moins en moins nombreux (- 3 % entre 2010 et 2016). L’une des raisons évoquées : les retraités délaissent l’engagement unique et à long terme pour des actions plus ponctuelles et diversifiées, en fonction de leur disponibilité. « Les seniors sont de plus en plus tiraillés entre leurs activités personnelles, les solidarités familiales (aide à leurs parents, garde des petits-enfants…) et leur engagement, ce qui rend plus difficile de consacrer du temps au sein d’une association », détaille Serge Guérin, sociologue et spécialiste des questions sur le vieillissement.
Les attentes des bénévoles sont aussi plus individuelles, leur attitude moins militante. « Les associations doivent s’adapter et créer de nouvelles formes de bénévolat, confirme Jean-Louis Souchon du collectif Quartier Partagé. On n’est plus dans une démarche sacrificielle. Tout comme l’ensemble des bénévoles, les seniors privilégient les actions de proximité, dont les résultats sont visibles rapidement. Il s’agit de donner des "coups de main" pour être utile, et parce que ça fait du bien ». Moins disponibles, attachés à l’efficacité de leur action, ceux qui donnent de leur temps n’en sont pourtant pas moins investis. « La retraite renvoie à l’idée d’être à l’écart de la société. En perdant son travail, on perdrait en quelque sorte son rôle social », analyse Serge Guérin. De ce point de vue, le bénévolat peut être un moyen de se sentir de nouveau utile et d’aller à la rencontre de l’autre. C’est aussi l’occasion de faire de nouvelles découvertes, de se lancer de nouveaux défis. Et, pourquoi pas, d’abandonner quelques-uns de ses préjugés.
 

Actions ponctuelles

 
Opération d’emballage cadeaux, soutien scolaire, visites à des malades, conseils en communication… Les besoins des associations ne nécessitent pas un engagement lourd et contraignant, comme on l’imagine parfois. Et ces actions ponctuelles peuvent s’avérer d’un grand soutien pour les familles. L’association Lire et faire lire, en sait quelque chose, elle qui organise des ateliers pédagogiques intergénérationnels depuis 1999. Né à Brest (Finistère), le projet s’est depuis étendu à toute la France. Dans les écoles, les centres de loisirs et les crèches qui le souhaitent, des retraités bénévoles viennent chaque semaine faire la lecture aux jeunes. Jeune retraitée, Marie consacre une heure chaque samedi à faire la lecture à de jeunes enfants confrontés à des difficultés familiales. « Nous ne sommes pas là pour leur apprendre à lire. C’est un temps de loisir complémentaire avec l’école. Les histoires créent des discussions et de vrais échanges. Est-ce grâce au respect naturel que les enfants peuvent ressentir envers nous ou parce qu'ils sont face à des personnes qui ont du temps pour les écouter et les valoriser ? Je n'en sais rien, mais je constate que les bénéfices sont réciproques ».
Le bénévolat est d’autant plus gratifiant lorsqu’il s’appuie sur son propre savoir-faire. L’une des activités d’Entente des générations pour l’emploi et l’entreprise (Egee) est de préparer au monde du travail des jeunes encore dans le système scolaire. L’association regroupe des cadres à la retraite qui veulent transmettre leur expérience professionnelle. Yves, 70 ans, intervient dans des lycées de la région Hauts-de-France. « Lorsque j’ai pris ma retraite, j’ai compris que mon métier de DRH avait eu trop d’importance dans ma vie pour arrêter net. J’aide les jeunes à réaliser CV et lettres de motivation. Le but est de leur faire comprendre les exigences des recruteurs. Cette activité me permet de continuer à exploiter mes compétences professionnelles au rythme que je choisis, tout en me rendant utile pour les autres ».
 

Donner pour exister

 
D'autres formes de transmission existent, notamment par le biais d'activités d'artisanat, de bricolage ou de jardinage. Née en 1994, l'association l'Outil en main met en lien des artisans à la retraite avec des enfants de 9 à 14 ans, pour les initier aux métiers manuels. « Il est agréable d’être encore accepté par des jeunes. On n’est ni leur père, ni leur grand-père, ni leur copain, ni même leur enseignant. Ce sont des rapports plus sereins, témoigne Gilbert, responsable d’un atelier reliure. Ça fait vraiment plaisir de donner à ces jeunes une expérience qui leur servira plus tard. Les métiers manuels sont dévalorisés et même à la retraite, c’est une question qui nous concerne ».
Toutes ces initiatives constituent un gisement d’actions innovantes et porteuses d’avenir. Avec un maître mot : la réciprocité. Si les plus jeunes ont besoin de leurs aînés pour se construire, les anciens ont besoin des plus jeunes pour mieux percevoir le monde actuel. Médecin psychiatre, Christophe André parle dans son dernier ouvrage de ces liens plus profonds qu’il n’y paraît**. « On sait aujourd’hui que les humains sont "câblés" pour l’empathie… Si nous avions été des animaux très égoïstes, notre espèce n’aurait jamais pu survivre. Notre cerveau est donc programmé pour qu’aider les autres humains nous donne du plaisir. La nature est bien faîte, cela nous donne l’énergie nécessaire pour venir en aide à autrui, pour agir, pour changer le monde ». Ce mouvement de réciprocité donne de l'épaisseur humaine aux actions et contribue à faire société. Qui s’en plaindra ?
 

Choisir le bon projet

 
Reste à toquer à la bonne porte pour offrir son temps libre. Dans le Xe arrondissement de Paris, le collectif Quartier Partagé s’appuie sur un bénévolat ponctuel d’un nouveau type, où chacun donne le temps qu’il veut, et le service qu’il souhaite offrir. « Notre action est fondée sur le faire-ensemble. Notre force ? Une organisation souple, sans cotisation », résume Jean-Louis Souchon. Des appels pour les rendez-vous festifs et des gestes tout simples (amener un voisin à l’hôpital, installer les tables pour les repas, proposer son projet…) sont lancés par courriel. Répond qui veut et qui peut.
Pour Cécile, 67 ans, le déclic a eu lieu il y a deux ans. En vacances à Plouharnel (Morbihan), elle aperçoit une pancarte « Nettoyage de la plage. Les sacs poubelles seront fournis, apportez vos gants ! ». Elle se lance et découvre toute une face cachée de la biodiversité qui l’entoure. « Grâce aux autres bénévoles, j’ai appris à reconnaître le gravelot à collier interrompu, une espèce menacée de nos côtes, mais aussi l’importance de la laisse de mer, ce cordon d’algues qui se dépose sur le sable à marée haute et qui fertilise les sols ». Cécile continue de « s’aérer utile » en se rendant régulièrement sur le site J’agis pour la nature, pour trouver les actions d’écovolontariat qui lui plaisent. 
Enfin, si du côté des associations les besoins ne manquent pas, il existe aussi d’autres façons de s’engager, au sein de la vie municipale ou du comité des fêtes de sa commune (former au tri sélectif, donner un coup de main lors d’un concert…), ou encore dans son quartier, auprès de ses voisins (réaliser des visites guidées, livrer des courses…). Des gestes simples, mais qui ne sont pas anodins. Ils contribuent à créer des relations nouvelles qui, elles-mêmes, seraient bonnes pour la santé. Agir participerait également au bonheur. Car comme le rappelle le psychiatre Christophe André : « L’engagement, c’est ce qui donne du sens à notre vie, un sentiment d’estime de soi, de cohérence personnelle. Ce que l’on n’a pas si l’on n’est pas investi dans un minimum de mise en œuvre de nos idéaux ». Alors prêt à s’engager ?
 
* L’évolution de l’engagement bénévole associatif en France, France Bénévolat, 2016.
** Trois amis en quête de sagesse avec Alexandre Jollien et Matthieu Ricard, aux éditions L’Iconoclaste (2016).
 
 
« Quand on crée du lien, on vit mieux »
Jean-Louis Souchon, bénévole et président du collectif Quartier partagé.
 
La retraite a été pour moi un grand plongeon. Je fréquentais les musées parisiens, des groupes de philosophie, mais rapidement, je me suis senti tourner en rond. Il me manquait une quête de sens. J’ai réalisé qu’il y avait un âge pour se former et un autre pour donner. 
Je me sentais appelé à mener des actions innovantes et concrètes dans le domaine de la solidarité. L’idée fut de proposer des événements auxquels on invite nos voisins afin de susciter des rencontres avec des personnes démunies. En 2012, nous avons créé Quartier Partagé dans le Xe arrondissement, un collectif de 11 associations qui luttent contre la précarité, l’isolement et le handicap. Nous invitons les personnes démunies et les habitants du quartier à venir participer à des animations collectives (karaoké, loto, concours de pétanque…).
L’alliance des âges fait bon ménage. Les seniors qui nous rejoignent apportent leurs visions et leurs réflexions sur les solidarités actuelles et, bien sûr, leur expérience. A la base de ce projet, il y a une intuition : celle de créer de nouvelles formes d’entraide. Je suis loin d’être pessimiste. Il se passe quelque chose aujourd’hui dans le mouvement associatif. Si l’on n’impose pas de contraintes, si l’on part de l’envie de chaque candidat bénévole tout en facilitant la mise en relation de celui-ci aves les institutions, les blocages s’effacent. Beaucoup de seniors qui ne parvenaient pas à trouver leur place dans le monde associatif s’épanouissent aujourd’hui dans notre collectif. Il reste en effet encore beaucoup à imaginer pour tisser toujours davantage de lien, donner et apprendre à recevoir de l'autre afin que chacun, quels que soient son âge, ses talents et sa créativité, se sente partie prenante de notre société.
 
Trouver votre projet avec France Bénévolat
 
Vous souhaitez proposer vos services où vous renseigner ? Si vous ne savez pas où vous adresser, sachez que le site Francebenevolat.org recense les besoins des associations. Et ils sont nombreux. Distribuer des colis alimentaires chaque semaine aux plus démunis, faire de l’aide aux devoirs, apporter ses compétences juridiques à une association, participer à un événement ponctuel comme une opération de ramassage des déchets, organiser une fête de quartier ou encore collecter des fonds pour la recherche…. Près de 12 000 annonces sont publiées sur le site par 800 associations.
Les résultats de votre recherche précisent à chaque fois s’il s’agit d’une action régulière ou d’une mission ponctuelle. En principe, aucune compétence n’est exigée pour s’engager. Mais il est recommandé de s’orienter vers des activités dans lesquelles l’on dispose d’une expertise, d’un savoir-faire ou d’un talent. Le site de France Bénévolat fournit également de nombreux renseignements sur l'engagement bénévole. Retrouvez notamment des informations sur les grands réseaux associatifs présents en France (onglet « Associations ») et des documents sur les séniors et le bénévolat (« Documentation »). Sachez que les associations peuvent former leurs nouvelles recrues, via le Fonds pour le développement de la vie associative (FDVA). 
L’association rappelle que pour être une réussite, le bénévolat doit être un vrai choix, réfléchi, et non pas uniquement une occupation. Si vous souhaitez être aidé dans vos démarches, vous pouvez vous adresser à l’une des 250 permanences d’information de France Bénévolat, présentes un peu partout sur le territoire. Vous pourrez y faire le point sur vos qualités et connaître les associations locales ou nationales en quête de bonnes volontés.
 
 
 

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